Ammad
« Chez Ammad, Hôtel de Clermont, un bougnat devenu kabyle. Si l’on veut, un bateau dans la nuit, avec la cale en bois, l’escalier tremblant qui mène dans les couchettes du haut pour les pensionnaires et les pissotières ouvertes au grand vent où l’on pisse à plusieurs des litres de bière.
A la barre, Ammad, la tête dénudée au milieu des tempêtes, le pied marin à force de voir les autres tanguer au comptoir, l’humeur égale pour contrarier celle des autres.
C’est là, parmi les anciens du pavé, les peintres installés à demeure, les maçons à niveau pour le Ricard du soir, les joueurs de cartes et de RMI, les théâtreux, les vendeurs de merguez, le Hollandais volant, le Juif errant, tous les Métèques, c’est là dans ce bar où tout le monde se parle qu’on s’est parlés. Puis on a dérivé, soudain libres, insouciants. »
Bruno Testa – Extrait de l’Adoption
